En Belgique, il apparaît que les personnes transgenres ou de genres fluides (personnes en transition, androgynes, drag kings, drag queens, travesti-e-s, butchs, cross-dressers…) et/ou intersexes (hermaphrodites), désignées comme transsexuelles dans le jargon psychiatriques et juridiques, se voient refuser la possibilité d’adopter sans contrainte l’identité de genreS qu’elles ont librement choisie.
En effet, le milieu médical – et celui de la psychiatrie en particulier – interprète généralement tout écart par rapport au sexe et au genre, tels que définis par le modèle normatif fondé sur la représentation binaire de la sexualité reproductive humaine, comme une menace planant sur l’ordre social.
Aussi, remarquons-nous que les personnes qui rencontrent des difficultés à vivre leur identité de genreS et qui sollicitent un soutien psychologique en milieu psychiatrique se voient rapidement « prises en charge » et enrôlées dans des processus de normalisation visant à leur assigner un genre bien défini qui satisfasse à la doxa du binarisme genré (homme-femme uniquement).
C’est pourquoi, nous demandons qu’au terme de transsexuel, soit préféré celui de transgenre ou genreS fluideS.
Nous demandons :
1. De réduire les diverses stigmatisations et discriminations par la visibilisation effective de la prise en charge concernant les genreS fluideS (transgenres) et intersexes par l’Institut pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes (IEFH)
Que soient mises en œuvre :
des actions d’information et de sensibilisation à la pluralité des sexes, identités de genreS et des sexualités
des actions de lutte contre la transphobie et intersexophobie
2. De lutter contre la psychiatrisation des genreS fluideS et intersexeS.
Le retrait de la trans-identité et de l’intersexualité de la liste des maladies mentales (DSM IV et CIM-10). Que la fluidité de genres soit validée comme configuration psychique viable, non pathologique, et qu’il ne lui soit prescrit aucune thérapie de réorientation vers un genre normé
La disparition immédiate des pseudo « protocoles officiels » exigés par la loi belge sur la transsexualité, véritables machines à décerveler, discriminer et normer les personnes transgenres, intersexes et autres « Standards de Soins » psychiatriques de la HBIGDA.
Nous exigeons leur remplacement par un suivi de santé libre, pour celles et ceux qui le désirent, dans un climat de respect et d’écoute. Que les personnes transgenres et intersexes qui sollicitent un soutien psychologique soient reconnues comme des personnes à part entière, et non comme des êtres immatures à reformater.
Que toute personne qui, éprouve un questionnement par rapport à son sexe biologique attribué à la naissance, souhaitant acquérir, par la voie des traitements hormonaux et de la chirurgie, les attributs d’un autre genreS, ne se retrouve pas dépendante voire prisonnière de protocoles médicaux et thérapeutiques standardisés, interminables et humiliants, dépassant de loin la demande d’aide initiale.
Que soit facilité l’accès aux traitements hormonaux et chirurgicaux. Les personnes qui demandent à modifier son apparence génitale ou de genreS ne devraient pas avoir à se justifier outre mesure, dès lors qu’elles ont pris connaissance de toutes les conséquences de leurs choix par des conseils éclairés de tous les professionnels compétents.
La suppression de la stérilisation forcée dans le cadre d’un changement de genreS (appelé erronément « changement de sexe »), régi par la loi belge sur la transsexualité.
Que le respect de l’intégrité physique et mentale des personnes transgenres et intersexes soit replacé au centre de toute intervention psychiatrique, en dehors de tous enjeux théoriques, lesquels s’avèrent hautement spéculatifs par nature, et conduisent souvent à des aveuglements d’ordre idéologique.
- De modifier la loi belge sur la transsexualité
modification du paragraphe 2 de l’article 2 de la loi :
§ 2. Lors de la déclaration, l’intéressé remet à l’officier de l’état civil une déclaration du psychiatre et du chirurgien, en qualité de médecins traitants, attestant :
1° que l’intéressé a la conviction intime, constante et irréversible d’appartenir au sexe opposé à celui qui est indiqué dans l’acte de naissance ;
Remplacer par celui-ci :
§ 2. Lors de la déclaration, l’intéressé remet à l’officier de l’état civil une déclaration attestant :
1° que l’intéressé a la conviction intime d’appartenir à un autre genre que celui qui est indiqué dans l’acte de naissance ;
suppression des alinéas 2° et 3° du paragraphe 2 de l’article 2 de la loi :
2° que l’intéressé a subi une réassignation sexuelle qui le fait correspondre au sexe opposé, auquel il a la conviction d’appartenir, dans toute la mesure de ce qui est possible et justifié du point de vue médical ;
3° que l’intéressé n’est plus en mesure de concevoir des enfants conformément à son sexe précédent.
Suppression du paragraphe 3 de l’article 2 de la loi :
§ 3. Le cas échéant, l’officier de l’état civil peut demander une traduction certifiée conforme de la déclaration des médecins traitants.
3. Le droit au changement immédiat d’état civil (prénom) indépendamment du sexe biologique, gratuitement et sur simple demande.
Qu’il soit laissé aux personnes transgenres et intersexes la possibilité d’opter pour une forme d’indétermination de genreS
Que l’administration mette tout en œuvre pour que soit respecté le choix du prénom et du genre des personnes transgenres et intersexes, dans les documents officiels
Dans l’immédiat : nous demandons la modification de la mention du sexe sur tous les papiers officiels sur simple demande. Pour tout référencement de genre (numéro national, numéro sécurité sociale, employeur, sociétés privées,…) cela signifie l’attribution pour le moins, d’un chiffre (ou nombre) provisoire féminin ou masculin qui respecte au mieux notre identité de genre.
A moyen terme : création d’un référencement autre, d’une possibilité d’une voie « autre » dans l’attribution genrée.
Au final : la suppression, dans un souci de parité, de toute mention visible du sexe dans les papiers officiels et administratifs (acte de naissance intégral, numéro national, passeport, numéro de la carte SIS, …)
La suppression de la notion de chef de ménage (ou personne de référence) unique car c’est la marque du caractère sexiste, hétérosexiste et hétéronormatif de la construction sociale encore en vigueur
Le respect de la vie privée des personnes transgenres et intersexes par les entreprises et les administrations (modification, sur simple demande, des civilités et prénoms sur les factures et courriers)
4. Le droit d’asile pour les personnes transgenres et intersexes dont la santé et la vie seraient menacées en cas de renvoi dans leur pays d’origine.
5. Le droit à l’adoption et à la Procréation Médicalement Assistée pour les personnes transgenres et intersexes.
6.Que les ré-assignations sexuelles à la naissance des personnes intersexes soient assimilées à des mutilations génitales.
Nous nous opposons fermement à la ré-assignation sexuelle des personnes intersexes (hermaphrodites), a fortiori lorsque ladite ré-assignation passe par des interventions chirurgicales lourdes pratiquées dès le plus jeune âge, qui se traduisent par une véritable mutilation des organes génitaux et qui entraînent, outre les dégâts esthétiques et les humiliations inhérentes aux traitements post-opératoires, la suppression de tout plaisir sexuel. En cela, il n’est pas exagéré de comparer la ré-assignation chirurgicale à la pratique non moins inhumaine de l’excision.
Que les personnes transgenres et intersexes aient, au final, la liberté de disposer de leur corps et de leur destinée, quel que soit le diagnostic posé sur elles par les médecins et psychiatres
Toute personne transgenre et intersexe (ainsi que les parents de mineur transgenre ou intersexe) a le droit à un consentement éclairé qui implique que le médecin est tenu de présenter clairement au patient tous les risques d’une conduite thérapeutique
Que lorsqu’il n’y a aucun risque pour la vie de l’enfant présentant une ambiguïté sexuelle ne soit pas pratiquée de ré-assignation sexuelle
Que tout prestataire de soin se doive de fournir l’information la plus complète, la plus neutre et la plus éclairée que possible aux personnes transgenres et intersexes (ainsi qu’aux parents de mineur transgenre ou intersexe) sur le caractère irréversible le cas échéant d’une opération de changement de sexe ainsi que sur leurs différents traitements possibles médicaux consécutifs
Que les praticiens ne présentent pas un discours pathologisant aux personnes transgenres ou intersexes et aux parents d’un enfant présentant une ambiguïté sexuelle ou d’identité de genre mais présentent cela d’une manière positive comme une forme de la diversité et la richesse de l’humanité.
Nous voulons aussi :
Dénoncer l’hypocrisie d’un système où les personnes transgenres et intersexes sont contraintes de falsifier leur vérité profonde en se conformant aux attentes des psychiatres pour se voir accorder l’autorisation de changer de genreS,
Rappeler que les psychiatres sont là pour apaiser les souffrances de l’âme et non pour incarner les détenteurs de l’ordre symbolique.
En dépit de toute classification allant dans le sens contraire, l’orientation sexuelle et l’identité de genreS d’une personne ne sont pas en soi des maladies et ne doivent pas être traitées, soignées ou supprimées ».
Principes de Jogjakarta sur l’application de la législation internationale des droits humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genreS et en résumé ici
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