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  • Haro sur le binarisme
    Mis en ligne le 29 septembre 2008 - Dernière modification le 15 août 2014

    Afin d’introduire le sujet auprès des personnes non familières avec ces notions, nous définirons le binarisme comme une structure

    • qui détermine notre vision du monde : il y a les hommes et les femmes ;
    • qui nous oblige à nous positionner au sein de celui-ci en nous identifiant soit comme homme, soit comme femme.

    La plupart d’entre nous vivons le genre comme un état naturel, permanent et rarement questionné.

    Or, l’on s’aperçoit que cette structure est sans cesse légitimée par diverses autorités : la religion, la morale, la psychiatrie, la science, la loi et même le bon sens populaire. Cette structure pourtant si bien ancrée dans l’inconscient et les comportements de chacun est malgré tout quelque chose de fragile que l’on protège de peur que son effondrement ne mène au chaos social.

    Nous pouvons dès lors la questionner : si cette légitimation est nécessaire, s’agit-il réellement d’un état de nature ?

    En parlant de nature, un courant très en vogue ces derniers temps est le néo-darwinisme, théorie selon laquelle nos comportements actuels seraient déterminés par l’évolution de l’espèce humaine, et se référant à un passé quasi-mythique, celui des « hommes des cavernes ». Un exemple qui peut sembler caricatural mais bel et bien issu d’une étude scientifique est l’explication de la préférence des femmes pour le rose et des hommes pour le bleu par des pratiques ancestrales : la cueillette des fruits rouges par les femmes, et la chasse par les hommes qui se révèle meilleure lorsque le ciel est bleu.

    Si l’on suit la logique de cette théorie, tout ce qui s’éloigne des modèles traditionnels homme / femme doit être qualifié de contre-nature voire d’erreur de la nature. D’où la médicalisation de certains états qu’il faut « guérir », que ce soit intersexe mais aussi transgenre, sans oublier l’homosexualité dont des scientifiques cherchent encore le gène.

    Mais en quoi consistent ces modèles réputés naturels ?

    Pour clarifier les choses, nous avons mis sous forme d’un tableau les traits qui nous semblent les plus importants.

    Le système binaire
    HommeFemme ?
    XY XX X, XXY, XXX, XXXY, ...
    Appareil génital mâle Appareil génital femelle Appareil génital indéterminé, transsexuelLE
    Genre social masculin Genre social féminin Transgenre
    Genre psy : homme Genre psy : femme Intergenre, agenre, ...
    masculin/viril féminine Garçon manqué, efféminé, butch, folle, ...
    Attiré par les femmes Attirée par les hommes Homo-, bi-, pan-, a- sexuelLE
    "Instinct de reproduction" tourné vers le sexe "Instinct maternel" Homme homo- ou a-sexuel, femme sans désir d’enfant, ...
    Dominant Dominée Féministe, ...

    Traditionnellement, les éléments de ces deux modèles sont liés entre eux : on ne peut les imaginer séparés l’un de l’autre : c’est ainsi qu’un homme peu masculin sera « soupçonné » d’homosexualité, qu’une transsexuelle est perçue tantôt comme un homosexuel extrême, tantôt comme un hermaphrodite, qu’une femme ne souhaitant pas d’enfants n’est pas une « vraie femme », qu’une féministe est dite lesbienne, et ainsi de suite.

    D’un point de vue militant, la prise en compte de la structure dans sa globalité permet de comprendre l’intérêt du regroupement entre différents mouvements et identités qui volontairement ou par le simple fait d’exister remettent en cause cet ordre établi : intersexes, trans’, homo/bi/pan/a-sexuelLEs, féministes, personnes non conformes à leur genre d’assignation. Cependant, de nombreux mouvements ne se basent pas sur cette vision d’ensemble, et plutôt que de remettre le système en cause, s’attaquent à l’élément qui leur pose problème : certains féminismes s’attaquent à la domination de l’homme sur la femme sans questionner l’existence de ces deux goupes, tandis que certains mouvements homos se contenteraient de retirer l’orientation sexuelle de ces deux modèles, en les gardant intacts pour le reste, d’où une certaine follophobie ou transphobie.

    Pour en venir aux trans’, objets de cet atelier, c’est précisément un discours intégrationniste et normalisateur qui est le plus souvent tenu, et en particulier dans les médias.

    Qu’entend-on de la part des trans’ dans les médias et discours officiels ?

    IlLEs se qualifient d’erreurs de la nature, décrivent leur impression d’être dans le mauvais corps depuis toujours. Or, dans la réalité, les discours varient d’une personne à l’autre : ce n’est pas toujours l’aspect corporel qui est problématique et cette impression peut apparaître plus tard (à l’adolescence, à l’âge adulte).

    IlLEs reprennent les stéréotypes de genre en les poussant parfois plus loin que les personnes non trans’. Un exemple de discours entendus dans les médias : « J’ai toujours joué avec des jouets de garçon, je me bagarrais, je jouais au foot... ». Or, dans la réalité, les vécus sont beaucoup plus variés et nuancés que ce que l’on nous présente : on peut avoir aimé porter des robes, avoir joué à la poupée et se sentir homme (ou non-femme) par la suite.

    Parfois, les médias véhiculent l’idée qu’être trans’ signifie avant tout un rejet de l’appareil génital d’origine, de l’impossibilité de s’en servir pré-transition et partent du principe qu’une réassignation génitale s’effectue pour permettre la pénétration hétérosexuelle. CeuLLEs qui ne souhaitent pas d’opération sont alors l’objet d’un interrogatoire poussé sur leurs pratiques sexuelles. Pourtant, être trans’ ne signifie pas être hétéro dans son nouveau genre : cela peut paraître une évidence, mais les trans’ homo/bi/pan/a-sexuelLEs se heurtent souvent à l’incompréhension.

    Tout cela entraîne une standardisation des discours, et par la même, un rejet de ceux qui ne tiennent pas les bons discours ou n’ont pas les comportements adéquats.

    Un exemple assez parlant : dans une émission québécoise, suite à la médiatisation d’un trans’ enceint (Thomas Beatie), un autre trans’ FTM (female-to-male), Patrick Verret, dénonce à l’aide de l’animateur le fait que certains trans’ ne soient pas conformes à ce que la société attend d’eux. Selon Patrick Verret, on est soit un homme, soit une femme, et un homme ne porte pas d’enfants. Par déduction, on pouvait comprendre que lui et l’animateur dénonçaient Thomas Beatie comme femme et faux trans’. L’on y soulignait également la différence entre le bon trans’ qu’est Patrick Verret et le mauvais trans’ qu’est Thomas Beatie. [1]

    Cet exemple illustre parfaitement l’injonction faite aux trans’ de se fondre dans un modèle binaire sous peine d’être invalidé dans son identité et sa démarche considérée comme illégitime.

    C’est à l’heure actuelle le seul discours trans’ à être visible, et si ce discours peut représenter certains d’entre eux, il en invisibilise d’autres, aux identités non binaires.

    Bien qu’ils soient de fait en dehors du modèle traditionnel homme/femme, les trans’ intégrationnistes valident et renforcent le modèle binaire.


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